
La Biennale Dak’Art a choisi pour son édition de 2008 le thème du Miroir associé à l’Afrique dans sa présence actuelle dans le monde, en soi, c’est-à-dire pour le continent et ceux qui y vivent de ses réalités multiformes, de ses interrogations, d’une part et pour sa diaspora, d’autre part.
La prégnance et la permanence de l’image étant consubstantielles au phénomène miroir, c’est-à-dire ce qui réfléchit dans le double sens de montrer et d’inciter à réfléchir, celui-ci est, dès lors, réceptacle et vecteur d’images ; il est ambivalent et fait doublement sens, si l’on postule qu’il peut être fidèle ou déformateur.
La Biennale DAK’ART 2008 emprunte la métaphore du miroir pour s’interroger, interroger un destin et tenter d’esquisser par l’Art, un avenir, celui d’une Afrique plus actuelle que jamais, dans une conscience immédiate ou dans des tentatives d’occulter une présence porteuse d’interrogations multiples.
Cette problématique quasi-intemporelle met en perspective un questionnement triple : celui de l’identité attribuée, celui de l’identité attribuée et acceptée et celui de l’identité attribuée et rejetée.
S’il n’est guère possible à l’Afrique d’inférer sur la première perspective (en admettant que l’image à elle attribuée est souvent construite de l’extérieur à partir de présupposés, d’idées reçues, voire de constructions), sa responsabilité est entièrement et exclusivement engagée dans l’acte d’acceptation ou de modification consciente et élaborée de l’identité attribuée.
L’Afrique et les différentes étapes de son histoire ont été présentées et continuent de l’être dans des genres et formes littéraires, de la période précoloniale à notre époque de mondialisation, à travers des prismes qui ramènent encore au miroir de l’Humain de naguère et d’aujourd’hui. Ce qui est réfléchi dans ce cadre, emprunte excessivement à des imageries d’Epinal, des clichés qui, en définitive, ramènent à des visions et des symboles. Anthropologues, ethnographes, littérateurs, économistes ont utilisé et souvent abusé des produits ainsi réfléchis, parcequ’élaborés à dessein.
L’Art africain est donc venu, dans un processus de réappropriation de son discours et de réinterprétation, faire litière d’images conventionnelles, puisque l’œuvre d’art offre comme écriture des moyens de réfléchir d’autres images plus valorisantes, puisque correspondant à des réalités que des artifices ne peuvent réduire à des caricatures. Le verbe des Africains a remonté la genèse de ces images et produit des contre-modèles déréels.
En réponse à la surenchère caricaturale, des Africains, chercheurs et artistes, économistes et journalistes, tous ceux qui, par l’écrit, participent de l’entreprise de démystification, déconstruisent des discours dans une archéologie dont l’Art, en définitive, est un medium que l’Afrique s’est réapproprié.
L’Art africain fascine, motive, mobilise et offre une perspective corrective, valorisante et réhabilitatrice. Ils sont démiurges, ces maîtres du sens vrai, et offrent à l’Afrique l’espoir d’être ce qu’elle veut être. Ainsi, les rencontres et échanges de DAK’ART 2008 entendent-ils être le miroir fidèle qui permet de montrer des réalités et de nommer les et des maux par des expressions et des mots par et pour une catharsis salutaire.
La Biennale de Dakar s’invite donc au cœur d’un débat multiforme ; un débat nécessaire, actuel, qui incite à l’introspection, au dialogue et à la solidarité. Il sera question de déterminer la responsabilité de l’Afrique engagée dans des processus dont elle a l’impérieuse mission de maîtriser le cours.
Mondialisation, diversité culturelle, liberté et démocratie, croissance économique, pauvreté, dignité, espoir et espérance, des thèmes intensément interpellatifs et qui montrent qu’il n’existe d’autre choix que l’assumation lucide et courageuse de responsabilités collectives et individuelles, en premier lieu africaines, convergentes et respectueuses de l’Humain Cette perspective dessine la voie pour reprendre l’initiative, invite à rompre avec le piège du regard ethnologique et, comme le disait Boubacar Boris Diop, à regarder « l’Afrique au-delà du miroir ».